Qistoh · Du Québec au Japon
Qistoh rentre du Québec, puis du Japon, avec des cartes mémoire pleines et rien d'écrit. Aucun conducteur n'avait été préparé avant le départ, aucune séquence n'a été tournée pour occuper une place prévue à l'avance, et personne n'a noté sur le moment ce qui méritait d'être gardé.
Le registre habituel de la chaîne est pourtant l'inverse exact : des recettes courtes, coupées serré, où chaque geste est filmé pour une place connue d'avance. Les formats voyage ne suivent aucune de ces règles, et ce qui les tiendra reste entièrement à trouver dans la matière rapportée.
Ce que contiennent les cartes diffère beaucoup d'un voyage à l'autre. Au Québec, c'est une journée de pêche sur un lac gelé à la Pourvoirie de Damville, par grand froid, avec Bonne Pitances et Yesssschef, puis la prise cuisinée sur place de trois façons.
Au Japon, ce sont les premières heures à Tokyo avec Alexis, l'arrivée, la ville, les premiers repas, et derrière tout cela une promesse qu'ils s'étaient faite vingt ans plus tôt devant des mangas.
Le premier voyage a donc produit une matière organisée autour d'une action qui aboutit, on pêche, on cuisine, on mange. Le second a produit une matière organisée autour d'une émotion, sans événement qui vienne découper la journée.
Deux durées, deux façons de construire
Le film québécois dure douze minutes. L'attente sur la glace donne peu de choses à l'image, si bien que la pêche a été fortement resserrée pour arriver vite à la prise, et que les trois préparations structurent ensuite toute la seconde moitié.
Il a fallu par ailleurs rapprocher deux lumières que rien ne rapprochait, celle du lac en plein jour, très bleue et très dure, et celle de la cuisine où se termine la vidéo, chaude et fermée. Sans ce travail, le passage de l'extérieur à l'intérieur aurait donné l'impression de deux vidéos collées l'une à l'autre.
Le film japonais dure quarante-neuf minutes, soit quatre fois plus, ce qui déplace entièrement le problème. Sur cette durée, le fil conducteur est la promesse d'enfance et sa réalisation, et il fallait la garder présente du début à la fin sans jamais la répéter, en la laissant remonter par ce que les deux amis se disent plutôt que par un rappel au commentaire. Le découpage laisse aussi Tokyo exister : les rues, les trajets et les premiers repas gardent leur durée propre, là où une recette de la chaîne aurait été coupée au geste près.
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